Compte-rendu de l’atelier BDSM : « Fouette-moi chéri(e), stp! »

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8 décembre 2014 à 10 h 49 min  •  Catégorie Comptes-rendus des ateliers par  •  1 Comment

Hangar 56Cet atelier a eu lieu au Hangar 56, galerie et lieu culturel alternatif, au 56 Avenue Parmentier – 75011 Paris.

L’atelier fut proposé par Le Cabinet de Curiosité Féminine et animé par Le Bon Docteur Senzo  M. et l’artiste plasticienne Nathalie Mondot, qui contribuent au collectif Erosticratie et au nouveau festival Erosphère. Ils pratiquent tous deux la domination en tant que donneur.  Il est ponctué d’interludes avec des mises en situation avec deux modèles, respectivement le beau JU qui sera dirigé par Senzo et la charmante Vi aux côtés de Nathalie.

 

INTRODUCTION

Il y a autant de BDSM que de personnes, le partage et l’échange permettent à chacun d’explorer ces pratiques lors de cet atelier.

Une première mis en commun des intérêts motivant les participants à venir permet de mettre à jour quelques questions ou a priori que l’on peut avoir sur le BDSM :

– Le BDSM est-il compatible avec le féminisme ? Une femme féministe peut-elle être soumise? Est-ce dévalorisant ? Un homme féministe a-t-il le droit de dominer, de se faire dominer ?

– Le BDSM est-il violent ?

– Le BDSM relève-t-il de la maladie mentale ?

– Quand le BDSM devient-il ridicule, caricatural ? Est-on obligé d’aimer le cuir quand on veut pratiquer le BDSM ?

– Est-ce que les statuts de soumis et de dominant renvoient à des problèmes qu’on n’aurait pas réglé pendant l’enfance ?

– Le BDSM ne met-il pas en avant les accessoires plutôt que le plaisir ?

 

Quelques éléments de réponses :

– Le BDSM reste avant tout un jeu sexuel où le plaisir est le maître-mot.

– Le BDSM permet à chacun d’épanouir des capacités insoupçonnées jusqu’alors.

– Les personnes qui osent le BDSM revendiquent leur normalité, mais aussi leur créativité. Arriver au BDSM demande une certaine maturité d’un point de vue sexuel.

– Sur la question du rapport au féminisme : Le genre de la personne soumise a de l’influence : paradoxalement, il est parfois finalement plus difficile de soumettre une femme car cela oblige à s’affranchir de l’aspect dégradant. Il faut bien tenir compte qu’il s’agit de jeu sexuel, et ce côté second degrés, aide à lever les freins.

– Sur la notion de soumission : la personne qui se soumet prend possession de sa propre sexualité de façon plus ou moins lucide. Si elle est bien informée, on peut parler de consentement éclairé. Se faire soumettre n’est pas simple, dominer non plus. Au-delà de cette notion, certaines personnes qui pratiquent le BDSM ne se considèrent ni comme soumis ni comme dominant, mais plutôt comme des joueurs ayant plusieurs types de ressources et possibilités. De plus, le soumis a un certain pouvoir, au point que certains se mettent en situation de soumission pour prendre le pouvoir de façon plus prenante encore : on parle alors de souminateur(trice). En somme, on peut aussi porter un autre regard : d’un côté, il y a celui (celle) qui donne et de l’autre, celui (celle) qui reçoit. Certains couples alternent, et on parle alors de cas où on « switch » de positions, et bien d’autres nuances sont envisageables.

– 7% de la population déclare avoir des pratiques BDSM, répartie dans toutes les catégories sociales, ce qui retire cet aspect élitiste que les médias mettent en avant.

– L’esthétique prend une place importante dans le BDSM, inspirant l’érotisme mais pouvant parfois verser dans le mauvais goût, comme partout ailleurs.

 

LE CADRAGE dans le BDSM

Le BDSM peut être une pratique à risque à la fois au niveau physique et psychologique. Elle nécessite donc un cadrage, qui est une des caractéristiques nécessaire du BDSM pour éviter les accidents.

En pratique, le cadrage consiste à organiser des règles autour des limites et du plaisir. Autrement dit, le rapport de pouvoir fait ici l’objet d’un dialogue, voire d’un débat. Il aboutit à un écrit ou une verbalisation sur la question du BDSM envisagé.

Au travers de cette pratique, la question de la confiance est capitale et c’est cela qui est en jeu dans le cadrage.

 

Quelques bonnes pratiques sur le cadrage :

– avant de commencer, s’assurer que chacun est en forme et en pleine possession de ses moyens (la consommation de drogues et d’alcool est à ce titre totalement déconseillée).

– veiller à signaler avec franchise les points sensibles ou fragiles, un problème physique ou un tabou particulier. Il est important d’évoquer ces points avant d’aller plus loin, tant pour le soumis que pour le dominant.

– Savoir dire non et s’assurer que l’on sait dire non. Le Bon Docteur Senzo M. en est convaincu : « Il n’y a pas de oui qui ait de valeur de la part d’une personne qui ne sait pas dire non ». En tant que dominant, il s’agit également de cerner une personne qui ne sait pas dire non. Pour cela, on peut tester la personne dans d’autres domaines et surtout y aller progressivement en se montrant compréhensif tout au long du cheminement.  

– Eventuellement, établir une check-list. C’est un outil intéressant, mais qui peut effrayer les novices car on doit passer en revue bien des pratiques impressionnantes qui lui sont inconnues. De plus, la check-list oblige à dévoiler des choses que certains préfèrent cacher pour plus de plaisir. Pour plus de souplesse on peut :

> Etablir une check-list partielle

> Faire évoluer la check-list en la révisant régulièrement. En effet, les limites ne sont pas immuables, le BDSM joue avec les limites, les contourne…tout en en tenant compte.

– Définir un safe word(mot de sûreté). Lorsqu’une personne prononce le safe word, cela provoque un arrêt immédiat, une sortie du jeu sans sanction. Tout de suite, il s’agit de faire preuve des deux côtés de cette bienveillance, ou care, qui permet de rentrer et sortir du voyage érotique ensemble. A travers cette possibilité, on comprend que le droit à l’échec est envisagé d’emblée, sans être appréhendé de façon négative. Autrement dit, le fait qu’un point limite soit atteint pour une personne n’est pas négatif, il s’agit plutôt d’assumer sa vulnérabilité et de la mettre en jeu pour mieux l’accepter. Dans les jeux BDSM, les faiblesses deviennent ainsi une matière première comme une autre, au même titre que les désirs, fantasmes, tabous, manies, et la question de la performance devient annexe.

Quelques bonnes pratiques sur le safe word :
> Il vaut mieux choisir un mot rare.
> Le mot « non » ne peut en aucun cas être un safe word.
> L’instauration d’un safe word est valable pour le soumis comme pour le dominant, car ce dernier peut aussi toucher ses limites.

 

INTERLUDE : sensorialité, sensualité, sexualité

La sensorialité a une place majeure dans le BDSM qui se nourrit beaucoup de la variété des sens que l’on peut éveiller. Les scénarios se tissent autour de l’intensification des récepteurs qu’on sollicite : la peau, les sens, les orifices. On parle de lacher-prise BDSM.

Le lien douleur-excitation est très présent dans le BDSM. L’excitation des sens via le BDSM fait monter l’adrénaline et l’endorphine, en jeu dans la douleur mais également dans le plaisir. On parle d’algolagnie lorsque la douleur se transforme en excitation sexuelle, qu’elle est érotisée.

Avec le BDSM, on joue à réduire tour à tour les différents canaux de communication, car le fait d’être privé d’un canal peut désinhiber les autres.

 

Quelques objets et pratiques pour éveiller la sensorialité :

éventail, eau fraiche, glaçon, bougies, cordelettes en cuir, massages, métal, masque, cagoule filtrante, bâillon, masque vibrant, fouet, pinces en tous genres, bulles, baguettes, ceinturon, ustensiles de cuisine en tous genre, accessoires de frappe… bref certains outils sont spécifiques mais bien d’autres impliquent simplement un détournement et un peu (ou beaucoup) d’imagination.

Le recours au contraste et aux oppositions est fréquent dans les outils. Comme par exemple vaporiser de l’eau fraîche après la chaleur de la cire.

Quelques bonnes pratiques autour de la sensorialité :

– Durant l’entrée en matière, il est important de choyer le soumis, de le mettre en confiance, de l’amener à se détendre.

– A toutes les étapes, il s’agit de savoir ce que le(la-les) partenaire(s) ressent(ent). Plusieurs possibilités pour cela :

> Tester sur soi

> Demander un retour sur une échelle de valeur, par exemple de 1 à 10, ou par des gestes, en baissant ou montant la main par exemple.

> Attention à bien poser des questions ouvertes (éviter celles qui amènent juste un oui ou un non), pour laisser venir les mots et précisions.

Par ailleurs, la qualité de la relation BDSM dépend aussi de la dramaturgie et du suspens qu’on y met. Il s’agit de balayer la connaissance du corps et d’imaginer ce que l’on peut en faire. De nombreux détournements du quotidien permettent de créer une situation BDSM.

A travers le BDSM, on rentre dans un personnage qu’on met en scène dans toute sa théâtralité. Le décalage identitaire est puissant en ce sens qu’il permet d’aller plus loin, d’être plus léger, ludique, de ne pas être soi.

Dans la relation érotique BDSM, la douleur devient un élément d’une sensation paradoxale, porteuse d’excitation. On fait mal, mais on soulage aussi de la douleur, amenant à la reconnaissance du dominé envers le dominant.

 

LES ENERGIES dans le BDSM

Certaines parties sont considérées comme interdites : le bas du dos, le ventre et l’arrière du cou.

L’énergie augmente sous l’effet de l’alternance déplaisir/plaisir, c’est elle qui est explorée à travers, par exemple, la fessée ou les coups de fouet.

Le plaisir réside dans la confiance accordée à l’autre et dans les possibilités d’explorer des zones troubles, de libérer son sadisme.

L’humiliation est présente dans le BDSM, elle est fréquemment demandée, plus souvent de la part des hommes. Les personnes ayant d’importantes responsabilités professionnelles sont effectivement plus souvent soumises, afin de se reposer de leur charge, mais ce phénomène n’est pas si simple et il s’agit finalement de considérer chaque situation en fonction des aspirations personnelles de chacun.

 

POUR ALLER PLUS LOIN …

Le festival Erosphère en France, une fois l’an, fin août à Paris
Le festival Xplore à Berlin et diverses grandes villes européenne selon les années.

Association Paris M, Association qui organise des débats et apéritifs sur les thématiques en lien avec le BDSM.

– Quelques livres :

La bible du boudoir. Betony Vernon.

Osez tout savoir sur le SM. Gala Fur.

>  Dyptique : L’art de dominer et L’art de se soumettre. Dossie Easton.

The Ethical Slut : A guide to infinite sexual possibilities. Dossie Easton et Catherine A. Liszt. Traduit aux éditions Tabou sous le titre La Salope Ethique

> http://www.tabou-editions.com/guides/44-la-salope-ethique-a-paraitre-

Un compte-rendu écrit par Misslice, Le Bon Docteur Senzo M. et Nathalie Mondot

Un commentaire

  1. Ethan / 10 décembre 2014 at 14 h 55 min / Répondre

    Merci pour cet éclairage sur une pratique qui souffre encore d’a priori.

    Un intrigué.

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