La sexualité, qu’est ce que c’est et à quoi ça sert ?

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Quand on évoque la sexualité tant de mots nous viennent à l’esprit : reproduction, instinct, plaisir, pulsion, jouissance, érotisme, plaisir… Quand on parle de sexualité bien souvent les voix se font plus discrètes. Il y aurait quelque chose de salace, de très, de trop intime, de sale, de compliqué. Se cacherait-il derrière elle des tabous, des pensées cachées, des désirs inavoués ? Parler de sexualité et de reproduction serait-ce antinomique ? Ce serait pour toutes ces raisons qu’il est si difficile de la définir et dire à quoi elle sert !

Qu’est ce que la sexualité ?

C’est « l’ensemble, dit Le Petit Robert, des comportements relatifs à l’instinct sexuel et à sa satisfaction ». André Comte-Sponville en propose une définition moins « fonctionnelle » et plus proche de ce qui « gouvernerait » chaque individu. Il dit même que c’est « l’essence de l’homme » et qu’à l’origine de tout cela c’est la pulsion, la pulsion sexuelle, et aussi sa nécessité de la satisfaire. Cependant, il faut quand même bien le dire, il y a sans doute quelque chose de l’instinct car l’humain est un animal presque comme les autres, soumis aux lois de la nature et c’est cet instinct sexuel qui le pousse à assurer la survie de son espèce.

Les “racines” de la sexualité

Mais il existe bien autre chose de plus tentant, de plus délectable, de plus excitant que la seule fonction de reproduction de la sexualité. La pulsion est nichée à la limite de l’organisme et du psychisme, elle nous anime, et ce depuis notre plus tendre enfance !

Oui ! Ce n’est pas que pour la reproduction que nous aimons le sexe. Sinon pourquoi avant même la « période » de reproduction serions nous tous si tentés d’y succomber ? Pourquoi alors que même nous ne cherchons plus à nous reproduire nous gardons un certain appétit voire le même pour la chose ? Pourquoi pouvons nous être attirés par l’autre du même sexe ?

La bête sommeille en nous !

Mais c’est surtout parce que la sexualité est une pulsion, donc au delà de la raison, que dans son évolution à travers les âges, elle s’est trouvée sous l’influence de la religion où se sont mêlés fautes, faiblesses, complaisances, péchés. Un des effets de l’influence de la religion nous a amené à justement envisager la sexualité comme un instinct. Si c’est instinct, c’est reproduction ! (si c’est pulsion, « la bête est là »!).

Difficile, impensable dans le discours social de rigueur d’envisager le désir, la séduction, l’érotisme, la jouissance, les fantasmes, l’imagination, la sexualité comme un espace de création qui peut se jouer à l’infini… Le fantasme du chaos, voire de la fin de l’espèce ne serait pas loin si la sexualité n’était pas envisagée exclusivement que du côté de la reproduction et encadrée par le mariage… De fait, le discours est alors plutôt normatif, voir anxiogène.

Vision utilitaire…?!

Paradoxalement depuis quelques dizaines d’années, il nous est « servi » d’autres approches de la sexualité. Elles seraient à entendre, peut-être, comme des tentatives d’affranchissement de la religion tout en restant socialement acceptables.

Comme cette approche hygiéniste de la sexualité, où nombreux sont les articles de presse qui nous donnent de bonnes raisons de pratiquer plus de sexe ; faire l’amour nous préserve de la dépression, nous fait dépenser des calories, prolonge la durée de vie, réduit les maux de têtes, aide à bien dormir, …

Il existe aussi une vision de performance, de réussite, de nécessité d’aller plus loin, d’avoir la bonne fréquence, la bonne manière de faire. Vision normative, de performance, également pour d’autres raisons anxiogènes, pleines de diktats. On nous laisserait entendre que la sexualité est la plus grande préoccupation tout au long de notre vie : reproduction, bienfaits, performance, …

La sexualité, un espace de désir

La sexualité est bien autre chose, elle se promène entre animalité et humanité. C’est une rencontre qui engage vraiment l’être dans son désir, dans laquelle ce désir se transforme en plaisir physique et émotionnel, alors il semble difficile de s’en passer et c’est bien pourquoi on y revient. On recommence toujours quand ça fait plaisir ! Pulsion, instinct, sexualité… ? Quoi qu’il en soit, l’humain a su inventer au delà de ce dont Mère Nature a su le doter !

L’humain a créé l’érotisme qui échappe à la fonction de reproduction et au simple fait de « décharger ses vases » comme disait Montaigne, soit pour autre chose que la simple jouissance orgasmique.

Ce qui sexualise le lien ce n’est pas l’acte sexuel mais le désir. Désir qui « fait » l’érotisme.

L’humain pris par ses désirs, son désir de l’autre, désir de sublimer le désir, pourrait avoir inventé l’érotisme. Beaucoup d’auteurs, cinéastes, philosophes, amants, amoureux, le mettent au rang de l’art ; art de désirer, de faire désirer, jusqu’à jouir du désir même, le sien, celui de l’autre pour en obtenir une satisfaction plus raffinée ou plus durable (Comte-Sponville).

Et là les animaux ne savent pas ce qu’ils perdent !

La sexualité, un mode de communication, un espace de jouissance et de plaisir

La sexualité c’est avant tout le langage des corps dans un espace intime. Espace de découverte du corps de l’autre et du sien. Le sexe peut nous apporter une jouissance. Une jouissance de type orgasmique, mais aussi, et tout aussi importante, une jouissance liée au plaisir, une jouissance plus consciente plus spirituelle qui nous “emporte”, nous fait “tourner la tête”, “perdre la tête”, une jouissance de tous les sens, de la vue, de l’ouïe, du toucher, de l’odorat et du goût.

Cependant pour y accéder elle exige que l’on abandonne un tant soi peu le souci de notre image, le contrôle de nos corps, de nos sens, et la peur d’être jugé. « Il y a quelque chose d’impitoyable dans la rencontre avec nous-même » (écrit Sophie Cadalen, psychanalyste dans l’article “Le sexe est-il si important ?” ), « tout ce que l’on tient pour acquis, nos goûts, nos certitudes, nos craintes, tout vole en éclat dès lors que l’on consent de s’y abandonner ». D’ailleurs « ce ne sont pas les habitudes qui tuent la sexualité, c’est la peur de se découvrir, de montrer des facettes de soi inconnues, dérangeantes ». La sexualité peut être cet espace où l’on « rompt » avec le cérébral pour aller à la rencontre de l’autre, et aussi de soi, de ses parts cachées, voire sombres, de son et de ses désirs.

La sexualité, un espace de création

Outre la jouissance, l’exploration de soi et de l’autre, la sexualité est un espace de création. Un espace de rupture avec le quotidien, l’ordinaire. Un espace de résolution des conflits et des tensions inhérentes par le fait qu’il nous apporte également réjouissance des corps et des cœurs ! Voilà donc pourquoi la sexualité n’est pas réductible à la reproduction. L’humain, presque animal, a su explorer, sublimer, ce qu’elle sous-tend.

Il ne s’agit pourtant pas de la mettre au centre de nos préoccupations. La pulsion trouve de multiples autres voies : la culture, le sport, le travail… Cependant quand tout va bien du côté du sexe on n’en parle pas, mais quand c’est difficile c’est fou comme on en parle ! La sexualité reste cependant quelque chose qui nous occupe depuis notre plus jeune âge, se transforme et évolue. Elle s’éteint parfois, pour renaître des fois, sous d’autres formes.

 

© Nadia Von Foutre

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