Le sexe anal, un territoire longtemps interdit :

Si les Grecs et les Romains ne considéraient pas l’anus comme une zone interdite ni même le plaisir qui en découlait destiné uniquement aux homosexuels, dans de nombreuses religions en revanche, le sexe anal a longtemps été étiqueté comme un acte « contre nature ». La sexualité ne consistait qu’à un acte de procréation, qu’importait le plaisir.

À noter que la pénétration anale a été et est encore aujourd’hui, dans certaines cultures, punie plus sévèrement qu’un meurtre.

Étymologiquement, le mot sodomie vient du latin Sodoma, dérivé du nom d’une cité de Palestine, Sodome. Cette ville évoque la légende biblique de Sodome et Gomorrhe, une illustration de la colère de Dieu en raison des pratiques sexuelles perverses et indécentes des habitants de ces villes. Le terme a donc traversé les siècles en gardant une connotation toujours très péjorative.

Au début du XXe siècle, Freud est le premier à prendre position à l’égard de l’érotisme anal (réflexions qui resteront limitées au développement de l’enfant cependant). Il a déclaré ouvertement que l’attraction entre deux personnes du même sexe était naturelle et que la bisexualité était innée. Mais on est au début du XXe siècle, et il ne put aller explorer plus profondément les sujets (encore moins les défendre), prendre de telles positions aurait présenté quelques périls puisque la sodomie était encore considérée comme anormale, et même pathologique.

La libération sexuelle a permis de faire évoluer les mœurs certes. Malgré tout, certaines conduites, comme l’homosexualité et la sodomie, restent controversées. On est encore loin de la démocratisation de cette pratique…

Idées reçues, fausses croyances et appréhension :

Le sexe anal a donc longtemps été proscrit (et l’est encore) car assimilé à l’homosexualité. À noter que la pénétration anale ne représente pourtant pas l’essentiel de l’activité sexuelle des homosexuels. Selon une enquête ACSF (analyse des comportements sexuels en France), 72 à 80 % des homosexuels ou des bisexuels disent avoir pratiqués la fellation et/ou la masturbation durant leur dernier rapport ; seulement 36 % disent avoir sodomisé leur partenaire et 28% disent avoir été sodomisés.

Les hommes hétérosexuels refusent souvent de recevoir une stimulation anale de peur que s’ils acceptent et apprécient cette pratique, on les accuse d’être gay. Chaque homme est doté d’une prostate (lire l’article sur le point P), cette glande sexuelle permet d’atteindre des plaisirs extatiques, l’équivalent chez la femme du point G, alors, doit-elle être réservée uniquement au plaisir des uns ?

La peur de trouver des matières fécales durant la pénétration anale est aussi l’une des raisons qui empêche parfois les amants de s’adonner à ce plaisir. La fonction de cette partie anatomique confère à beaucoup d’entre nous, le dégoût et la honte. Notre éducation en a décidé ainsi…

La peur de la douleur est aussi une raison pour laquelle beaucoup d’amants ne souhaitent pas pratiquer la sexualité anale. Il est vrai que l’anus est très sensible et qu’il peut considérablement faire souffrir si on s’y prend mal. Pourtant, si l’on prend le temps de « préparer le terrain » le sexe anal promet des plaisirs intenses pour les hommes comme pour les femmes.

Aujourd’hui, la presse s’empare du sujet, titre « la divine sodomie » ou encore « sodomie, et si on essayait », des titres franchement racoleurs. Un diktat d' »il faut » pratiquer (sinon on n’est pas épanouie). Un premier argument est avancé « la sodomie demeure l’un des plus grands fantasmes de nos hommes ». Ok et alors ? Sous prétexte que c’est le fantasme des hommes, on doit le faire pour leur faire plaisir ? Non ! Cela ne fonctionne pas comme ça, le sexe anal oui mais parce qu’en tant que receveur-euse on l’a choisi et surtout parce qu’on en a envie !

Le plaisir anal, un territoire plein de mystères :

Bien que la fonction principale de l’anus et du rectum soit de retenir et d’éliminer les déjections, le sexe anal peut procurer d’intenses plaisirs. En effet, cette zone est très sensible et riche en capteurs de volupté.

La première chose est le consentement mutuel, un point essentiel pour débuter. Si l’envie n’est pas là, que l’on ait déjà pratiqué ou non, il ne faut pas se forcer pour faire plaisir à son/sa partenaire, cela risque d’être douloureux. Cependant, vous pouvez tout à fait découvrir seul(e) cette zone de plaisir. La masturbation solitaire peut vous permettre d’appréhender la suite à deux…

Pour plus de confort et de sérénité, on peut très bien aller aux toilettes un peu avant et se nettoyer (pas très glamour dit comme ça…) mais cela permet d’être rassuré(e) et de se jeter à l’eau sans paniquer… Vous pouvez également faire ce qu’on appelle un lavement à l’aide d’une poire à lavement par exemple.

Une fois que nous sommes prêt(e)s à recevoir et à explorer les plaisirs anaux, nous pouvons nous laisser aller au fameux :

Jeu de langue (enfin là, il est nécessaire d’être deux hein, c’est plus pratique !). On l’appelle aussi l’anilingus, l’anulingus, l’anilinctus ou la feuille de rose… À vous de voir ! Une pratique qui consiste à lécher, embrasser l’anus de son/sa partenaire. Quand on ne connait pas l’état de santé de son/sa partenaire, il est nécessaire d’utiliser une digue dentaire (ou préservatif buccal), c’est un petit rectangle de latex qui permet de protéger contre les bactéries. Si vous n’avez pas de digue, vous pouvez dans ce cas couper un préservatif dans sa longueur afin d’obtenir un rectangle, un moyen tout aussi efficace.

Cette pratique peut-être une bonne entrée en matière ou une pratique à part entière.

La sodomie. Une pratique qui nécessite de la patience surtout lorsque l’on est novice. Il s’agit de pénétrer avec un sexe, un doigt ou un sextoys le rectum d’un homme ou d’une femme (pas très glamour comme définition, je vous l’accorde, mais le principal, c’est le plaisir que cela procure). Une pénétration trop brutale peut entrainer des saignements et des microcoupures (n’oubliez pas que nous ne sommes pas dans un film X!). Ne lésinez pas sur la douceur et le lubrifiant qui permet un confort optimal pour une meilleure appréciation de la pénétration anale.

La plus grande concentration de terminaisons nerveuses de la zone anale se trouve dans l’anus. Pour débuter, une pénétration peu profonde sera bienvenue (avec un doigt par exemple). Appréciez les sensations que cela vous procure. Détendez-vous et respirez profondément (cela peut paraître superflu mais au contraire cela vous aidera à accueillir ce que vous ressentez). Votre partenaire doit vous laissez le temps d’éprouver les effets en restant immobile quelques minutes. Les sphincters anaux vont alors se relâcher (n’oubliez pas de respirer, cela facilitera la pénétration et vous ressentirez d’avantage de plaisir). Une fois que vous sentez les parois se relâcher, votre partenaire peut commencer à aller plus profond et atteindre le rectum. Guidez-le, ainsi, il ou elle ira à votre rythme. Plus l’excitation montera, plus les sphincters s’assoupliront.

Si vous n’arrivez pas à vous détendre, respirez à nouveau profondément. Si cela ne fonctionne pas, arrêtez-vous et reprenez une autre fois. Votre partenaire devra s’enlever aussi doucement qu’il/elle est entré(e).

Pour les hommes, la sodomie peut permettre d’atteindre aussi la prostate et de la stimuler et ainsi d’atteindre des plaisirs extatiques jamais égalés.

Pour les femmes, la sodomie peut être accompagnée d’une stimulation clitoridienne ou vaginale pour des plaisirs encore plus intenses.

Le plaisir anal, un territoire sous haute sécurité :

Les risques liés à la sexualité anale sont nombreux. D’une part, cette zone extrêmement sensible par ses tissus fragiles et ses muscles serrés nécessite une lubrification importante et indispensable, car contrairement à la vulve et au vagin, l’anus et le rectum ne sécrètent pas de lubrification naturelle. Il existe trois sortes de lubrifiants que vous pouvez utiliser pour cette pratique :

– Lubrifiant anal

– Lubrifiant à base d’eau

– Lubrifiant à base de silicone

Evitez les lubrifiants « naturels » comme l’huile, l’huile d’olive par exemple, car ils laissent des résidus dans le canal anal (pareil pour le canal vaginal) que le corps élimine difficilement. De même, les huiles de massage ne sont pas à mettre en contact avec les organes génitaux ni même avec l’anus.

Ce qui entre ne ressort pas ! Le sphincter anal interne est un muscle qui travaille indépendamment de notre volonté. Si vous insérez un objet qui n’est pas destiné à la stimulation anale (c’est à dire, étudié pour pouvoir le ressortir facilement), cela risque de poser quelques problèmes pour le ressortir… Avec le risque de terminer aux urgences.

La zone anale est un terrain propice aux infections. La muqueuse est fragile et poreuse aux virus et aux bactéries. Il est donc indispensable de se protéger quand vous ne connaissez pas encore le statut sérologique de votre partenaire. Aussi, il est très important lorsque vous pratiquez le sexe anal, de ne pas passer de la zone anale au vagin (le contraire oui) sans avoir préalablement lavé vos parties intimes ou vos jouets. L’équilibre de la flore vaginal est extrêmement sensible, vous risquez de la déséquilibrer en y introduisant des bactéries provenant de l’anus et du rectum. Vous pouvez dans ce cas utiliser des préservatifs et les remplacer à chaque changement de zone.

Certaines pratiques extrêmes sont risquées : le fist fucking, l’introduction d’objets disproportionnés… Peuvent entraîner des fissures, des abcès, des lésions musculaires avec une possible évolution vers une incontinence anale.

Après avoir pris les précautions nécessaires, vous pourrez vous adonner au plaisir anal et apprécier les sensations délicieuses.

Un atelier sur ce thème a lieu le 16 mai 2018 >>