Un peu d’histoire

Se masturber vient de « manu », “stuprare”: se souiller avec la main. Oui, ça partait mal, déjà…

Pendant longtemps, la masturbation a été considérée comme un péché mortel. Les religions, les moralistes, les médecins, les psychanalystes ont contribués, tout au long des siècles, à la stigmatisation de cette pratique et ne cessaient de raconter les dangers de la masturbation.

Dans la Bible, par exemple, Onan meurt car il se masturbe, « il laisse perdre à terre », au lieu d’enfanter la femme de son frère. L’Eglise considère la masturbation masculine comme  de la semence perdue pour la reproduction, donc c’est une déviance sexuelle et un péché mortel.  

Au 18ème siècle, les médecins et les moralistes eux pensaient que la masturbation était ; dangereuse pour le corps, voire mortelle, pouvait provoquer des maladies mentales, empêcher de s’épanouir dans le mariage, être quelque chose uniquement lié à la puberté. Tout ceci sans fondement scientifique bien sûr.  

Il y a un livre qui a permis à ce discours d’atteindre le grand public: Onania.  Un pamphlet anti-masturbatoire, paru au début du 18ème siècle, d’abord en Angleterre, puis traduit dans toute l’Europe. Il a passionné les foules, et s’est vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Le Cinquante Nuances de Grey de l’époque ! Avec ce livre, d’une croyance individuelle, on est passé à un phénomène de société. Les médecins sont particulièrement préoccupés par les adolescents et inventent donc des objets pour empêcher la tentation de la masturbation et les “pollutions nocturnes” : corsets, culottes de chasteté, et même des moufles, en cuir, pour la nuit !

Au 19ème siècle on parle d’hystérie féminine comme d’une pathologie. Le mot hystérie signifie «qui relève de l’utérus» en grec. Si certaines femmes, dites hystériques, avaient probablement des troubles mentaux ou physiques, la plupart étaient simplement sexuellement frustrées. Mais elles ne le savaient pas forcément. C’est donc devenu un sujet très étudié. Avec plusieurs méthodes, plus ou moins violentes, pour y remédier comme par exemple : la préconisation de l’excision, contre la masturbation, ou plus exactement pour le traitement de “l’hystéro épilepsie”. Charcot a lui pratiqué sur des centaines de patientes l’hypnose. Il y a eu aussi la méthode de… l’orgasme, grâce aux massages vaginaux (Ce qui est fou, c’est que ces médecins ne savaient pas forcément qu’ils provoquaient un orgasme. Pour eux, et pour la société en générale, le plaisir sexuel se trouvait uniquement dans une relation sexuelle avec pénétration.) Puis nait le vibromasseur en 1883 au sein d’un cabinet médical, avec l’aide d’un scientifique. Avec ces machines, les médecins ont pu pratiquer le massage vaginal plus rapidement.

Au 20ème siècle, il y a du progrès, les vibromasseurs ne sont plus considérés comme outil médical (en 1920). Le vibromasseur domestique sera même le cinquième appareil électroménager le plus vendu au monde au début du siècle.

Puis en 1952, l’Association américaine de psychiatrie retirera l’hystérie de sa liste de maladies. Il en aura fallu du temps !

Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée de la sexologie permet à des sexologues, hommes ou femmes, de publier des textes où enfin la masturbation n’est plus stigmatisée. Enfin n’allons pas si vite, Albert Kinsey a mené, dans les années 50, une enquête qui a levée des tabous, mais il a payé cher son rapport. Après publication, il s’est vu retirer tout financement pour ses recherches.

Et maintenant pouvons-nous jouir sans entrave ? Pas si sûr ! Aux Etats-Unis par exemple la vente de vibromasseurs est encore interdite dans certains états et passible d’une amende et un an de travaux forcés… Quand on sait que les armes sont autorisées dans les mêmes états, c’est assez étonnant d’autant qu’un vibromasseur n’a encore jamais tué personne…

Et dans la pratique ?

Bon mais dans la pratique…Pourquoi se masturbe-t-on ? On sera toutes d’accord la masturbation a pour but l’orgasme, cet instant magique qui vous permet ensuite de vous sentir mieux, déstressée, de trouver plus facilement le sommeil, de se sentir plus belle aussi. Parfois, cela permet de palier à l’anorgasmie. Ce n’est pas une maladie grave, c’est  le fait de n’avoir jamais eu d’orgasme. Ce qui est quand même un peu dommage. Pour y remédier rien de tel que le plaisir en solo. Aussi et surtout la masturbation solitaire est nécessaire pour l’apprentissage de son propre corps. Découvrir ses zones érogènes est le meilleur moyen de guider son partenaire lors des rapports, lorsque vous avez un ! C’est aussi vivre une sexualité en dehors des contraintes de la sexualité à deux (attrait, partage du désir). On sort du figé, du “c’est comme ça et pas autrement”.  On vit une sexualité où le fantasme, l’imagination, a toute sa place. On s’accorde le droit au plaisir, sans contraintes, et sans le poids des normes sociales. Ce n’est pas: « tout le monde doit se masturber, c’est la nature », mais « tout le monde peut se masturber, c’est une possibilité que la nature offre à l’homme, à la femme ». La personne qui se masturbe prend certes du plaisir, mais, aussi, se crée un monde personnel qui n’est pas fondé sur les critères du “réel”, de la “vraisemblance”, de la cohérence. Car oui, Georges Clooney, accompagné de votre joli voisin de palier, qui entrent dans votre chambre la nuit pour vous prendre, ce n’est pas vraisemblable… Si cela se trouve, dans la réalité, Georges et le voisin sont très décevants. Mais avec la masturbation, point de déception, c’est votre imaginaire qui parle.

Bon mais dans la pratique : Il y a plusieurs zones érogènes chez la femme, mais 4 zones précises capables de déclencher l’orgasme lors de la masturbation.

Un zone externe : le gland du clitoris  

Similaire au pénis de l’homme, le clitoris est un organe érectile. Lors de la recherche du plaisir, c’est le gland du clitoris qui sera stimulé et d’où sera déclencher l’orgasme, zone contenant le plus de corpuscules de volupté (appelé aussi corpuscules de Krause-Finger) capteurs sensitifs du plaisir.

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Une zone interne : le vagin

C’est un conduit musculo-membraneux, long d’en moyenne 8 cm (il varie entre 4 et 14cm selon les femmes) et de largeur variable du fait qu’il soit très extensible.

Lorsque l’on parle d’orgasme vaginal, on situe 2 zones distinctes :

Planche anatomique femme Cabinet de Curiosité Féminine - Elodie Garbé

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Le point G (Grafenberg spot)

Il est techniquement situé au niveau de la face antérieur du vagin (en direction du ventre) à environ 2 ou 3 cm de profondeur. C’est une zone large d’environ 1.5 à 2cm (autant dire une toute petite zone qu’il faut découvrir !). Le point G est plus sensible à l’appui et au massage.

Lors de l’excitation, la zone G gonfle considérablement. C’est à ce moment-là que la zone est plus sensible.

Notons également que la zone G est plus sensible lorsqu’il y a une stimulation clitoridienne au préalable et inversement. En effet, au-delà de la partie visible, le clitoris a une partie non visible qui se trouve dans le vagin. La zone G, est en fait une zone du clitoris. Et oui, le point G et le gland du clitoris sont donc liés !

Lors de la contraction périnéale, le clitoris dans son ensemble bouge ! Et lors d’une pénétration il vient se frotter contre le sexe du partenaire, c’est cela qui procure le plaisir. Cf vidéo Odile Buisson « Le clitoris cet inconnu ».[1]

Le « fond vaginal »

Son nom est assez évocateur… Il se trouve donc au fond du vagin. C’est une zone innervée dont les capteurs sensitifs sont très sensibles surtout à la pression. Il faut une pénétration profonde pour déclencher ce type d’orgasme. On dit de cet orgasme qu’il est spécial, qu’il est viscéral et émotionnellement intense.

La musculation qui entoure le vagin est déterminante pour la venue et l’intensité de l’orgasme. Plus le périnée est musclé et tonique plus l’on parvient à ressentir du plaisir. Les exercices réguliers du périnée sont parfois (même très souvent) nécessaires aux femmes.

Notons que les perceptions du plaisir varient selon les femmes. La sensibilité, la situation, le partenaire sont autant de facteurs qui jouent sur le ressenti du plaisir.

Les mamelons

Les mamelons serait directement reliés au clitoris par le système nerveux.

Mais si pour certaines l’orgasme est possible par la stimulation des mamelons, pour d’autres la stimulation de cette zone est moins agréable. Les sensations diffèrent selon l’humeur, la période menstruelle, avant une grossesse après une grossesse…

La perception que l’on a de la poitrine n’est pas toujours celle d’une partie érotique, souvent, les seins sont perçus comme nourrissiés, pas toujours évident donc de le percevoir comme une zone de plaisir.

Enfin, autre technique de sioux; solliciter l’anus. Zone sensible, que des femmes sollicitent pendant la masturbation mais qui ne déclenchera pas à lui seul un orgasme. Lire l’article sur le sexe anal >>

On s’approprie son corps avec le temps, les expériences, la découverte de sa propre sexualité… Le temps est l’ami de l’épanouissement sexuel. On peut découvrir son plaisir à 20, 30, 40 ou 60 ans. La quête vers le plaisir peut être longue, il faut être curieuse. Ne vous focalisez pas, atteindre l’orgasme à tout prix ne servira à rien. De la même manière qu’une grossesse désirée, la psychologie joue beaucoup. Plus vous y penserez, moins vous y arriverez. Détendez-vous, appréciez, exercez-vous. En quelques mots : LAISSEZ-VOUS ALLER !

Quand on se laisse aller, vous le savez, il peut se passer des choses notamment l’éjaculation féminine comme réponse sexuelle à l’excitation. Les fameuses “femmes fontaines” (après les femmes à barbe!) Pour en savoir plus lire l’article sur l’éjaculation féminine du Cabinet de Curiosité Féminine >>

« La masturbation solitaire n’exclut en aucun cas des relations sexuelles épanouies avec son partenaire. Bien au contraire. »  

Non, la masturbation ne nous rend pas sourde ! Mais, mais…

La masturbation comporte quelques risques tout de même : L’irritation est un risque, rien de grave, mais le frottement de la main ou d’un objet un peu trop longtemps et trop intense peu faire une « surchauffe » et abîmer votre clitoris pour quelques jours. Les germes sont un risque également car si vous ne pensez pas à laver vos mains alors que vous sortez du métro ou bien que vous ne lavez pas vos sextoys avant et après chaque utilisation, quelques germes pourraient s’y installer et provoquer des mycoses. La compulsion masturbatoire (ou masturbation compulsive) qui se caractérise par la pratique trop fréquente de la masturbation (au-delà de 5 fois par jour cela devient pathologique). Les hommes sont plus souvent touchés par cette maladie que les femmes. Ils sont addicts et cela gêne vraiment leur vie sur le plan affectif et professionnel (trouver un endroit approprié n’est pas évident et s’absenter plusieurs fois par jour de son bureau pour aller « se soulager » n’est pas encore dans le code du travail)… Attention donc aux excès !

Pour en savoir plus, vous pouvez acheter notre E-book, plaisir solitaire ou participer à l’un de nos ateliers.

[1] https://www.canalu.tv/video/universite_paris_diderot/13min_le_clitoris_cet_inconnu_odile_buisson.12449