BANGGANG – Sexe, drogue et electro

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25 février 2016 à 11 h 23 min  •  Catégorie Au fond des choses, Culture Q par  •  1 Comment

J’ai trouvé un nouveau cheval de bataille : faire l’éloge de tous les films que l’association Promouvoir* tente de faire interdire. Ce sera mon petit combat à moi. Je lutte pour le droit à la perversion, pour que chacune et chacun ait le droit de se dépraver dans les salles obscures. Quand j’étais ado, j’ai eu mes premiers chatouillis du bas ventre devant Basic Instinct et je continue de penser que c’est mieux que Jacquie et Michel. Au moins les acteurs sont bons. Alors, cher adolescent aux hormones en effervescence qui voudrait voir un peu de sulfureux dans ta télé, je t’invite à regarder : Baise-moi, Love, La vie d’Adèle, Nymphomaniac, et depuis deux jours Antichrist et BangGang. Ce ne sont pas que des bons films, ce n’est pas toujours la réalité du sexe mais c’est du cinéma. Parfois tu vas t’ennuyer, tu feras peut-être la grimace à certains moments, à d’autres tu auras le début d’une érection mais au moins tu te cultiveras et ça, ça n’a pas de prix.

La semaine dernière, je suis donc allée faire ma débauchée devant BangGang, premier film d’Eva Husson au Cin’Hoche de Bagnolet – je me permets de les citer car c’est un cinéma indépendant et comme j’étais seule dans la salle avec le directeur et le projectionniste je m’inquiète un peu pour eux.

Bang Gang Connexion

Après un hiver sans fin, la canicule arrive sur la côte basque. Deux filles, deux garçons, 16 ans, dans la maison de famille désertée par les parents. Ils s’ennuient. Ils se cherchent et se trouvent. L’une tombe amoureuse de l’autre qui n’avait pas envisagé les choses comme ça. Et c’est l’élément déclencheur d’un nouveau jeu : le BangGang, sorte d’action ou vérité mais où il n’y a que des actions et où elles sont toutes d’ordres sexuels. Comment une blessure peut faire basculer tout un groupe d’ados vers une partouze ultra connectée. Leurs parents ont fait mai 68, eux font des gang bang. C’est leur révolution à eux. L’adolescence est pétrie du besoin de transgresser. Ils dépassent les limites à base de sexe, drogue et électro. Il faut se faire du bien car le monde est trop lourd sur leurs épaules frêles. Il faut jouir et s’évader, sentir le groupe qui parfois fait mal mais sans qui on n’existe pas, sentir l’énergie qui circule comme une force de vie. Il faut se montrer, assurer, éliminer toute forme de pudeur. Mais comme dans tout groupe il y a des règles. Tu mets tes photos hot sur playtime mais pas ta sextape sur youtube.

Un fait divers dérangeant

Il ne s’agit pas d’un film sur la sexualité des adolescents en général. Ne croyez pas que tous les ados partouze pour tuer le temps, loin de là. Mais ce film raconte un fait divers qui a eu lieu dans une petite ville des Etats-Unis en 1999  et Eva Husson tente de comprendre comment on peut en arriver là. Le glissement est rapide. La réalisatrice filme admirablement l’adolescence, ses doutes, ses paradoxes, ces êtres qui ne savent plus comment faire avec ce corps qui change, qui ne sont plus tout à fait des enfants mais pas encore vraiment des adultes. Ce corps qui ne ressent plus rien, qu’il faut faire vibrer, qu’il faut remplir à toute vitesse et le plus possible. Il faut vivre fort pour ne pas mourir. Eva Husson film des personnages sans les enfermer dans les clichés du regard d’adulte sur l’ado. Tous n’en sont pas au même stade avec leur corps et leur sexualité. Tous ne baisent pas pour les même raisons. Tous ne s’égarent pas de la même manière. Elle filme les corps dans la lumière sombre et la pénombre solaire. Ils sont beaux et gauches. Ils sont lookés comme à la sortie des lycées. Ils sont vivants et planants. Ils font des conneries qui les construiront dans leur vie d’adulte. La morale se joue toute seule quand la réalité les rattrape. Promouvoir n’a pas besoin de leur taper sur les doigts.

* Promouvoir est une association proche des milieux traditionalistes catholiques et de l’extrême droite menée par l’avocat André Bonnet qui saisit régulièrement la cour d’appel de Paris pour contredire les classifications du CNC et ainsi combattre le sexe et la violence au cinéma.

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