Dr Kpote nous dit tout sur la « Génération Q »

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15 juin 2018 à 15 h 12 min  •  Catégorie Accueil par  •  0 Commentaires

Parfois au Cabinet de Curiosité féminine, on se demande où sont les hommes ? Non mais les vrais mecs, je veux dire ! Les féministes, les militants du cul, ceux qui comme nous œuvrent pour une sexualité plus égalitaire, plus épanouie, moins stéréotypée. Certains rôdent dans nos ateliers, d’autres nous observent du fond de la classe en opinant du chef mais peu prennent vraiment le sujet à bras le corps. Mais peu, ça ne veut pas dire aucun.

Il y en a un qui, à lui seul pourrait me redonner foi en la gente masculine les jours de coups de massue patriarcale, j’ai nommé le Dr Kpote. Nos routes se sont croisées quelques fois, répondant toujours présent à nos appels du pied, que ce soit pour un entretien ou une émission de radio. Fan de la première heure de ses chroniques  dans le magazine Causette, on ne pouvait que se ruer sur son livre « Génération Q » compilant 50 tranches de vies (parfois servies saignantes, précise-t-il), d’un animateur de prévention combattant sur le champ de l’école.

« La sexualité, ce n’est pas seulement du cul ! »

Militant de la lutte contre le sida dès les années 80, il devient animateur de prévention en milieu scolaire au début des années 2000. Des ados, il en a rencontrés. Il pourrait avoir l’assurance arrogante de l’expérience. Il n’en est rien. Le monde change, les ados avec, et Dr Kpote interroge en permanence sa façon de parler sexualités aux jeunes. Il évolue avec son monde, ce qui lui fera éviter à coup sûr le statut de « vieux con qui sait tout sur le cul ». S’il y a 20 ans, l’urgence était de distribuer des capotes pour tenter d’endiguer le grand mal de cette fin de siècle qu’était le sida, aujourd’hui la prévention ne concerne plus uniquement le catalogue de MST. « La sexualité, ce n’est pas seulement du cul ! » écrit-il. Parler sexualité c’est aussi parler de relation à l’autre, de consentement, d’empathie, de respect. Et puisque la pornographie n’est pas le meilleur exemple dans le domaine, autant compter sur l’école pour faire le job. C’est alors que Dr Kpote, tel un zoro masqué, débarque dans les classes en surdose hormonale pour faire comprendre à la génération future que Jacquie et Michel n’est pas la vraie vie.

Génération porno VS génération bigote

Mais finalement, ce qui m’a le plus étonnée dans ces portraits d’une jeunesse d’aujourd’hui, ce n’est pas tant leur rapport à la pornographie que leur rapport à la religion. On démarre tous notre sexualité avec un fardeau de croyances et de stéréotypes mais quand ceux-ci sont dictés par une religion (dans laquelle bien souvent le chef de clan a choisi ses propres règles), cela complique encore la tâche. Et bien sûr, ces croyances n’ont pas le même impact sur la sexualité des filles que sur celle des garçons. Là, le respect n’est pas celui du choix mais celui du soi. Une fille doit « se » respecter, comprenez ne pas entacher sa vertu virginale. Aussi, la religion est souvent opposée comme prétexte à ne pas parler sexualité. Quand les ados biberonnés aux images crues s’offusquent des choses du bas monde au nom d’une sacro-sainte pudeur, Christine Boutin doit s’en frotter les mains et nous on en perd notre latin…

Sex, drugs and school

Parler des conduites addictives liées à l’alcool, drogues dures comme douces et autres psychotropes pharmaceutiques, fait également partie des missions qui incombent à notre bon Docteur. L’adolescence est un moment de vie charnière où l’addiction peut vite être un refuge réconfortant. Il est alors nécessaire de pouvoir en parler dans un endroit safe, sans jugement, et de comprendre les mécanismes qui se mettent en place. Aussi, parfois ces interventions se révèlent  utiles pour le personnel encadrant, et l’on pourrait peut-être envisager un soutien auprès des adultes des lycées. La détresse n’est pas toujours là où on l’attend.

Dr Kpote nous livre ici des chroniques d’une jeunesse qu’il aime autant qu’elle nous décontenance parfois. De sa plume acérée et croustillante, il dépeint ces moments passés avec elle, ses questionnements, ses quelques désenchantements et ses jolies victoires. Sa mission n’est pas aisée : aider des lycéens à entrer dans la vie affective et sexuelle avec bienveillance, respect et empathie, mais aussi déconstruire les stéréotypes, parler d’égalité. Et chaque jour, il y retourne avec la même conviction. Et la mienne est que chaque jour, il contribue à rendre un peu meilleur la génération future.

Dr Kpote, Génération Q – Chroniques, La Ville Brûle, 2018

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