Catherine, tu es mon homme, je te pardonne et toi jamais…

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18 mars 2017 à 18 h 06 min  •  Catégorie Sujets de société par  •  0 Commentaires

Il y a 30 ans de cela, Gérard Depardieu  a déclaré à Catherine Deneuve « tu es l’homme que je voudrais être ».  Et depuis hier, c’est effectivement le côté provocateur, excessif et très clivant de Depardieu que l’on retrouve chez celle qui a toujours représenté le raffinement, l’intelligence, l’engagement et l’élégance à la française. C’est à 73 ans que Catherine Deneuve fait selon moi son premier faux pas…

Dans une interview avec Yann Barthès dans l’émission Quotidien, elle prend la défense de Roman Polanski suite à son retrait de la présidence de César, provoquée par une pétition signée par plus de 60 000 personnes. Elle a déclaré : « Je regrette de le dire aux milliers de femmes qui ont signé cette pétition, mais la plupart ne connaissent pas bien l’histoire de Polanski. Dans cette histoire, alors que je suis féministe, je ne suis pas fière des femmes. Je ne suis pas fière d’être une femme. »

Catherine Deneuve s’est souvent engagée dans des causes nécessaires pour les femmes comme en 1971 dans « le manifeste de 343 salopes » pour témoigner en faveur de l’avortement.

Avortement qui sera légalisé par la loi Veil de 1975.

C’est deux ans plus tard en 1977 que seront commis les faits. Roman Polanski alors âgé de 43 ans fait boire du champagne accompagné de sédatifs à une très jolie jeune fille de 13 ans au cours d’une séance photo avant de la sodomiser. Cette jeune fille s’appelle Samantha Geimer et déclare avoir dit « non » plusieurs fois, mais « décide de le laisser faire ». « Je rends les armes, je m’envole loin, très loin », analyse-t-elle. Et d’ajouter : « Si affreux que ce soit, ce n’est que du sexe. Il ne veut pas me faire du mal. Il veut seulement me baiser. Et ce sera tout. Je ne suis pas vraiment une personne à ses yeux, pas plus qu’il n’est réel pour moi. Nous jouons chacun un rôle. »

Ce soir-là, en rentrant chez elle, elle écrira dans son journal intime : « Roman Polanski m’a prise en photo aujourd’hui. Il m’a violée, merde ! »

Il est donc accusé de viol en avril 1977. Après avoir plaidé non coupable, il reconnaît les faits et passe quelques jours en hôpital psychiatrique pour subir des «examens mentaux», avant qu’une décision soit prise. Il est libéré au bout de 47 jours et profite de sa sortie autorisée avant son jugement pour fuir en Europe. Il ne sera jamais jugé ni condamné et reste aujourd’hui encore interdit de territoire aux USA (sous peine d’être jugé et condamné).

C’était il y a 40 ans, un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… les mœurs étaient différentes. Samantha Geimar déclarera d’ailleurs dans son livre témoignage « La fille » paru en 2013 : « Même sous les formes les plus basiques et les moins sensuelles, toute expérience sexuelle était plutôt bien vue à l’époque », souligne-t-elle. « […]. En 1977, Roman Polanski était imprégné de ce paradigme culturel. […] Il a bien entendu commis un acte répréhensible, néanmoins, j’ai l’intime conviction qu’il ne m’a pas considérée comme une victime. Même si tout le monde ne comprendra pas, je n’ai jamais cru qu’il ait cherché à me faire du mal. » Samantha Geimer redit aujourd’hui encore plus qu’hier qu’elle a « pardonné » « sans l’excuser » – à cet homme dont elle a cru, par un soir d’hiver, qu’il aurait pu être son « passeport pour la célébrité ».

D’autres mœurs perdurent cependant comme la vindicte populaire contre celles qui subissent ces abus. Ce fut aussi le cas de cette victime qui a déclaré : « J’étais présentée comme la petite salope qui voulait profiter du réalisateur célèbre, et ma mère comme la maquerelle n’hésitant pas à monnayer sa fille pour faire carrière. »

Quand bien même la victime ait fait son cheminement et le choix du pardon, le sujet de l’impunité de certains agresseurs reste d’actualité.

Cela dépasse très largement le cas Polanski qui représente le symbole de la souffrance d’autres femmes victimes d’agresseurs qui n’ont jamais été condamnés ni même inquiétés. Et c’est très clairement le motif de la révolte et de la pétition contre la présidence de Roman Polanski à la cérémonie des Césars bien qu’il ait contribué au patrimoine artistique français et international de manière notable.

Je peux comprendre que Catherine Deneuve soit proche de Roman Polanski et par conséquent décide de le soutenir dans leur cadre intime, ce qui est une preuve d’affection tout à fait respectable. Je crois d’ailleurs que si un être qui m’est cher, avait commis un crime, je lui apporterais aussi certainement mon soutien dans l’intimité. Mais si j’étais un personnage public, je n’utiliserais pas ma notoriété à cette fin par décence pour toutes les victimes qui souffrent de ce crime.

Quand Catherine Deneuve s’engage contre le Hollande bashing passe encore… Bien qu’elle puisse utiliser sa célébrité pour des causes certainement plus utiles, cela ne fait de mal à personne. En revanche, qu’elle apporte en 2017 son soutien à un homme qui est accusé de viol envers une jeune fille de 13 ans et qui n’a jamais purgé sa peine, cela fait du mal ! Même si les faits remontent à 40 ans, c’est toujours douloureux car cela rappelle l’impunité de certains agresseurs dont souffrent encore des femmes aujourd’hui.

Alors Madame Deneuve, en tant que féministe aussi, je peux vous dire que je suis fière des femmes et par conséquent, je suis fière de vous, votre parcours, vos œuvres et la plupart de vos engagements. C’est pourquoi, aux lendemains de vos propos qui m’ont heurtée, j’ai envie de vous chanter  « Catherine, tu es mon homme, je te pardonne et toi jamais… »

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