Amélie Etasse, portrait d’une touche-à-tout engagée

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23 février 2017 à 9 h 00 min  •  Catégorie Portraits de femmes et d'hommes par  •  1 Comment

C’est dans le salon d’un petit hôtel montmartrois délicieux, que j’ai retrouvé Amélie Etasse. Pendant quelques heures nous avons discuté à bâtons rompus des relations, du sexe, du plaisir, du féminisme, des expériences, d’être une femme aujourd’hui, en France, à Paris, ailleurs.  

Qui est elle ?

Amélie Etasse est éclectique. Elle a fait ses armes de comédiennes à l’école Claude Mathieu à Paris, mais a aussi étudié le chant, le théâtre et la danse. Le virus du spectacle l’a prise jeune et à 32 ans, cette touche-à-tout s’est essayée à divers exercices : télévision, courts métrages, web-séries, comédies musicales, publicités, voix-off, théâtre, écriture. Son visage vous est forcément familier, que vous l’ayez croisé sur une publicité décalée ou un programme court à succès. Mais vous connaissez peut-être un peu moins sa création : « La Loove ». Il s’agit d’une web série pétillante diffusée sur Studio 4 où Amélie incarne une jeune femme forte en gueule. Elle interpète une héroïne sortie des sixties et tirée à 4 épingles, qui nous parle allègrement de sodomie, bisexualité, maternité ou de coucher le premier soir.

« La Loove » c’est un subtil mélange bon chic bon genre entre pudeur et trash, dans un écrin coloré et vintage, de conseils adressés à tous les « looseurs » de l’amour (« loove », étant la contraction de loose et de love). Nous quoi. Chaque épisode est monté comme un tutoriel qui nous renvoie à des situations plus ou moins familières autour de l’amour, du sexe, des tabous, des fantasmes… L’humour est donc de mise pour aborder des sujets aussi légers que sérieux. De cet air de sainte nitouche qu’elle maîtrise si bien, « la Loove » nous parle de tout et se joue des clichés homme/femme qu’on voudrait croire éculés mais pourtant si tenaces. Non, à 30 ans, une femme n’a pas forcément envie de devenir mère. Non, les hommes ne sont pas forcément immatures…

Finalement, ce qui ressort de ces 2 saisons, et de notre échange, c’est toute la réflexion d’une jeune femme qui se sert de son histoire personnelle, son évolution, et de ses expériences pour nourrir ce projet. Mais ce n’est pas tout : les rencontres amicales et professionnelles ont aussi été déterminantes.

« J’ai découvert que c’était compliqué 
de parler de cul en tant que femme ».

La genèse

Le projet a été initié il y a 3 ans. Cela faisait longtemps qu’Amélie écrivait dans son coin, sans oser le montrer, mais la concomitance d’une rupture sentimentale et professionnelle lui ont donné le déclic : « ça a été la claque utile, je me suis demandé quel sens donner à tout ça ».

Elle découvre donc à près de 30 ans, ce qu’elle qualifiera de « loose amoureuse, comme je ne l’avais jamais vécue ». Les remises en question, les angoisses, la séduction, Tinder, les rencontres d’un soir, la vision du couple… Elle se jette à l’eau. Le premier épisode « Comment coucher le premier soir sans passer pour une salope » s’écrit et se filme très spontanément chez elle avec un copain : Clément Vallos, qui deviendra son co-auteur. Lui aussi le sujet l’inspire.

« Je n’avais pas d’enjeux financiers ou matériels ; pas de projections. Je voulais juste créer quelque chose là-dessus ». C’est grâce à Vito Ferreri (Aprile production), son producteur, une autre rencontre déterminante, que 3 pilotes sont tournés afin de les proposer aux chaînes. Si le projet a globalement été bien reçu, il s’est aussi heurté à certaines barrières « j’ai découvert que c’était compliqué de parler de cul en tant que femme ; je ne pensais pas qu’on faisait une série irrévérencieuse, pourtant on nous a dit que c’était impossible à mettre à la télé ».

Il fallait alléger, ne pas taper sur les enfants, les vieux, ne pas utiliser tel ou tel mot… Finalement de cette démarche très spontanée, vient une réflexion bien plus profonde : « je me suis rendue compte que j’étais obligée d’être engagée, et que mon féminisme allait être quelque chose d’important dans ce métier, et précisément pour ce projet » (nous reviendrons plus tard sur l’engagement).   

L’équipe se tourne alors vers le web, plus libre. Studio 4 leur commande 10 épisodes et la saison 1 sort en Septembre 2015. Très bien accueillie au niveau de la critique, la série réunit un public qui comprend rapidement le second degré. « C’est trash, certes, mais pas gratuit et pas donneur de leçon. Derrière les blagues, il y a un message ». Un message de liberté et d’ouverture. « Pendant 6 mois, nous nous sommes posés sur une table, nous avons réfléchi et discuté. C’était passionnant car un sujet en appelait toujours un autre ».

En Saison 2, si l’idée de garder un programme humoristique de divertissement est bien là, il y a une mise en abîme plus profonde, une réflexion plus creusée. Notamment avec la récurrence du personnage de la petite sœur qui permet d’aborder sous un autre angle des sujets comme la bisexualité ou la pornographie. « L’épisode sur le porno était délicat, on a réalisé qu’on s’était auto-censuré du fait de parler porno avec « la petite sœur ». La comédienne a 17 ans et on la voit comme une petite chouquette, mais en fait elle en connaît bien plus que ce qu’on croit. Et finalement on s’est rendu compte que c’était ça le vrai sujet de l’épisode, ce décalage ».

« Avec mon co-auteur, ce qui est précieux
c’est qu’on n’a pas de regard masculin ou féminin »
.

Les inspirations

La comédienne transpose en 2016 sa référence absolue : Valérie Lemercier dans Palace, un peu plus mode, fan de vinyles et de vintage.

L’écriture et le tournage de « La Loove » auront permis à Amélie d’ouvrir d’autres perspectives, de pousser ses réflexions, d’apprendre, de lire, de rencontrer des gens. « Ce que tu écris au début de manière très spontanée te pousse vite à aller chercher plus loin » ; ainsi les livres de Lena Dunham, d’Iris Brey, les séries comme Girls, Chewing gum, Love sick, ont été des sources d’inspiration.

Les partenaires et l’équipe ont véritablement joué un rôle capital dans l’inspiration et la construction de la série. D’ailleurs c’est exactement la même équipe présente sur la saison 1 qui rempile pour la 2ème. Pour l’écriture, il y avait un vrai désir de collaborer avec un homme.  « Avec mon co-auteur, ce qui est précieux c’est qu’on n’a pas de regard masculin ou féminin, on confronte plutôt notre ressenti, parcours, expérience, positionnement… ».

Cette approche duale s’inspire finalement de la mixité de notre société, sans clivage, car ce sont des questions qui nous concernent tous. L’emballage fleuri et délicieusement suranné n’attire pas uniquement un public féminin ; il apparaît que beaucoup d’hommes regardent aussi le programme. La volonté d’ouvrir à tous les sexes, générations et sexualités est bien présente. « On a eu beaucoup de retours positifs d’hommes gays par exemple. Les gays peuvent se sentir concernés, même s’il s’agit de rapports hétéros ! ». La transversalité et la curiosité de l’autre comme leitmotiv.

« Mon constat de femme
c’est aussi de dire qu’il y a encore du travail,
qu’il faut s’engager.»

L’engagement

« La Loove » offre une vision de la femme qui fait réfléchir et un peu grincer. Ici encore, une évolution entre les deux saisons : dans la dernière, sont abordés des sujets dits plus sociétaux. « Je me suis beaucoup interrogée sur le féminisme par exemple : qu’est-ce que cela veut dire, quel est le mien, comment je m’engage ? ». Si on fait référence à l’épisode «Comment être féministe sans montrer ses nichons à chaque manif », il ne s’agit pas, sous couvert d’une boutade, de critiquer les Femen, mais plutôt de voir les répercussions et d’impulser une réflexion. « Mon constat de femme c’est aussi de dire qu’il y a encore du travail, qu’il faut s’engager. On observe que ça évolue, mais il ne faut pas oublier que tout peut aller très vite dans l’autre sens ; on le voit bien aujourd’hui ».

L’autre parallèle que fait Amélie Etasse entre sa qualité de femme et le sujet choisi c’est aussi la réduction à une hypersexualisation bien en vogue, « j’ai déjà entendu « mais vous n’avez pas l’impression que toutes les filles parlent de sexe tout le temps » ». Cette idée en nourrit une autre bien tenace dans l’imaginaire commun : « soit la femme est une petite chose fragile, soit c’est une salope qui couche avec le premier venu. Mon engagement c’est que ça change et que ça évolue, qu’on arrête d’être dans cette dichotomie basique et culpabilisante ».

La suite

Cette année, il y a eu la 2ème saison (à voir de toute urgence sur Studio 4), et la publication d’un livre où « La Loove », sous forme de fiches conseils, tutos, tests, recettes de cuisine nous apprend, entre autre, à dessiner un clitoris et nous parle d’IST.  

L’équipe, forte de son expérience, projette d’autres collaborations. « Une autre grande question qui m’intéresse tourne autour de l’éducation, ce que l’on trimballe, et surtout l’héritage de femme à femme ». Pour sûr, le Cabinet de Curiosité Féminine sera, de près ou de loin, de la partie sur cette question passionnante. A suivre donc.

 

Pour regarder “La Loove” sur Studio 4 :
http://studio-4.nouvelles-ecritures.francetv.fr/la-loove-1457.html
Pour la lire : “L’Art du Bien-être dans ton Coeur (et partout ailleurs)” – Edition Jungle! – 2016

Un commentaire

  1. Givaudan Cedric / 1 mars 2017 at 8 h 51 min / Répondre

    Et bien il va falloir que j’aile regarder ça …
    Comment ça Pluzz ne diffuse pas en Belgique. Mais… Mais …. Mais !!!

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