Fantasme, fantasmes

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« Il est peu de vertus plus tristes que la résignation ; elle transforme en fantasmes, rêveries contingentes, des projets qui s’étaient d’abord constitués comme volonté et comme liberté » Simone de Beauvoir.

Vouloir chanter comme Bowie peut être un fantasme. Conduire un bolide peut être un fantasme, mais « s’envoyer en l’air » sur la banquette arrière peut en être un aussi… ! Le fantasme serait donc une envie, un désir ? Il vient en tout cas du monde interne psychique, il peut être psychologique, dans le sens d’une vision illusoire ou situation imaginaire, ou d’ordre érotique ou sexuel. Les fantasmes ne touchent pas que la sexualité, ils peuvent concerner différents domaines du désir et du plaisir. Le terme provient de l’allemand, “phantasie”, concept développé par Freud pour désigner l’imagination. Le propos ici sera d’explorer, de la surface aux abymes, les fantasmes à caractère sexuel.

C’est un scénario, une construction imaginaire.[…]
Il revêt quelque chose de la transgression.

Tout est permis !

Le fantasme n’est pas seulement une envie. C’est un scénario, une construction imaginaire où le sujet est présent. Il revêt quelque chose de la transgression. Car chose défendue, chose désirée… ! Quelque chose de l’interdit, du hors norme sociale, du hors de sa propre norme sociale car le spectre des fantasmes est large. Il peut aller d’une envie d’une main sous la jupe dans l’escalator, à une relation sexuelle dans un ascenseur, aux mains attachées aux montants du lit,… jusqu’à des choses beaucoup plus extravagantes, indicibles, et peut-être inimaginables, par et pour moi, par et pour vous… Qu’il s’inspire des images toutes faites proposées par la culture ou qu’il émerge des abysses de l’inconscient, le fantasme ne se heurte qu’aux limites de l’imagination en ce qui a trait aux personnes, aux activités et aux situations choisies. Aucun interdit ne lui est inaccessible.

On peut distinguer les fantasmes conscients […]
des fantasmes inconscients.

Dès l’enfance…

On peut distinguer les fantasmes conscients, qui sont davantage des rêveries diurnes, des projets, des fantasmes inconscients, qui sont alors des rêves, des symptômes névrotiques. Les fantasmes résultent, en bonne partie, de l’imagination créatrice puisant à même les expériences passées de l’enfance et de l’adolescence qui sont des périodes de la vie propices aux associations avec l’excitation sexuelle.

Les très jeunes enfants produisent des fantasmagories (petites histoires imaginaires) qui ne sont pas constituées de façon aussi organisée que chez des enfants plus âgés ou, a fortiori, chez des adultes. Elles sont créés pour tenter de comprendre ce qui les entoure, d’ordre sexuel ou pas, ce qu’ils perçoivent, voient, ce qu’on peut leur cacher, et ce à quoi parfois ils peuvent être exposés malgré eux.

Par le jeu, l’enfant traduit sur un mode symbolique, ses fantasmes, ses désirs, ses expériences vécues, à des moments où il n’a pas encore la connaissance des conditions sexuelles de sa venue au monde.

La propriété principale des fantasmes est de bousculer,
de dépasser le cadre de référence.

Le fantasme comme stimulant sexuel

Pour l’adulte, le fantasme a une valeur hédonique (recherche du plaisir), excitatoire, en ce sens qu’il éveille, maintient et accroît la stimulation sexuelle.

Se posent alors des questions ; est-ce que tout individu produit, doit produire, des fantasmes ? Ceux-ci sont-ils nécessaires à toute relation sexuelle ?

Doit-on réaliser ses fantasmes ? Andy Warhol disait « L’amour fantasmé vaut bien mieux que l’amour vécu. Ne pas passer à l’acte c’est très excitant ».

Selon une étude, parmi la « foultitude » d’études à ce sujet, il paraîtrait en tout cas que les individus qui mènent une vie sexuelle plus active fantasment plus souvent que les autres et éprouvent moins de culpabilité quant à l’excitation que provoquent ces fantasmes.

Une minorité de gens en couple affirment que leur partenaire connaît leurs fantasmes. Cependant la plupart des partenaires se garde bien de révéler ses propres fantasmes du fait de la culpabilité de les éprouver, de les dévoiler, car beaucoup ressentent de la gêne à l’égard de leur propres fantasmes. Ils les ressentent comme immoraux, anormaux ou inacceptables pour eux-mêmes ou leurs partenaires, comme si leur apparition signalait un problème concernant leur propre sexualité ou au sein de leur relation sexuelle ou une tricherie.

La concrétisation des fantasmes ne pose en fait pas réellement de problème tant qu’ils concernent des activités sexuelles acceptables pour l’individu et qu’il ne vont pas à l’encontre de ses valeurs. Il revient sans doute à chacun, soit de « garder » ses fantasmes pour lui-même comme accroissement de la stimulation sexuelle, soit de les intégrer et les partager dans le couple si ceux-ci peuvent produire le même effet sur leur partenaire.

Le fantasme est inhérent à l’individu, c’est un mécanisme régulateur et protecteur du fonctionnement psychique, au même titre que le rêve. Ce mécanisme permet de retrouver le plus grand plaisir compatible avec le minimum d’angoisse, sa logique est ancrée dans une articulation entre désir et défense car interdit. Cette capacité à articuler désir et défense est liée aux relations étroites qu’il entretient avec le refoulement bien évidemment.

La propriété principale des fantasmes est de bousculer, de dépasser le cadre de référence. Sortir du carcan de la sexualité conventionnelle, tendre, juste fougueuse, axée sur le plaisir mais conforme tout de même. Dans l’idée de l’espace intime, clos du chez soi. Dans la compagnie également du partenaire habituel et du contexte affectif, dans la marge de ce qui est autorisé par les codes sociaux (sans parler de la sexualité procréative pas si lointaine), dans le cadre de la fidélité, où la sexualité et l’amour sont intimement liés. Voici le cadre bien posé d’une sexualité socialement et politiquement correcte que le fantasme, les fantasmes ne cessent de bousculer, heurter.

Ce qui semble évident dans ces listes de fantasmes,
c’est le désir de possession.

Fantasmes de femmes VS Fantasmes d’hommes

Et maintenant posons nous la question : après quoi Alice court-elle ? que veut-elle ? pourquoi suit-elle le Lapin blanc ?

Sans doute pour qu’il l’emmène au Pays des merveilles, vivre de grandes aventures ?!

Car Alice s’ennuie…

La chute interminable dans le terrier pourrait symboliser le franchissement des interdits, la transgression, car au bout Alice va tomber dans un monde aux antipodes du sien, et rencontrer une galerie de personnage retors… Elle l’a bien cherché !

« Aimante comme un chien », ainsi que la décrit Lewis Carroll. Alice est également « curieuse, extravagamment curieuse ». Qualité sans doute nécessaire pour explorer ses fantasmes ?

Une quantité importante d’articles abondent dans la presse au sujet des fantasmes d’Alice ainsi qu’à propos de son alter ego masculin. Ce qui est intriguant à première vue (au regard peut-être un peu réducteur de ces articles) c’est qu’il ne s’agit pas des mêmes, pratiquement pas dans leur nature et certainement pas dans l’ordre de préférences !!! Alors me direz vous comment fait-on ? Et bien je ne sais pas !

–  Alice aimerait « faire l’amour en pleine nature », tandis que lui aimerait « faire l’amour avec deux femmes ».

– Alice désirerait « être attachée avec deux hommes », lui ne rêve que “d’attacher les amies de sa femme ».

– Alice, avec : « un mot de travers, c’est la fessée », lui, souhaite : « mettre une bonne chose fessée ».

Enfin ils se rejoignent sur ce dernier ! Ouf ! Me direz vous…

Se révèlent par contre dans les fantasmes des deux, des désirs d’initier un, une, partenaire plus jeune. Fantasme de toute puissance, de conviction d’avoir des choses à apprendre, d’une expérience supérieure ?

Ce qui semble évident dans ces listes de fantasmes, c’est le désir de possession, de posséder l’autre, de s’en emparer, malgré lui, malgré elle.

Bien souvent derrière ces fantasmes peuvent se cacher des désirs inconscients plus profonds, comme celui de faire l’amour devant son mari. C’est à dire commettre en quelque sorte un adultère, sans responsabilité, en réalisant un compromis entre culpabilité et désir inconscient qui augmentera alors le désir, l’excitation. Il faut dire cependant que certains des fantasmes communs aux deux s’avèrent relever de pratiques, disciplines connues, comme l’échangisme, le candaulisme, le BDSM, le voyeurisme ou l’exhibitionnisme, et le travestissement qui lui serait davantage l’apanage des hommes.

Chacun, chacune, se reconnaîtra dans ces fantasmes, ou pas. D’autres… pas ceux là… qu’importe en fait ! Le fantasme est un espace de création propre à chacune, à chacun. Et d’aucuns diront peut-être « moi je n’en ai pas ! ». Qu’importe encore ! Il convient je pense, de ne pas trouver anormal de ne pas en avoir vraiment, et pareillement d’en avoir !

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